Covid-19 : « Face à cette réalité universelle et inévitable qu’est la mort, il faut inscrire pleinement le continuum de la vie dans le cursus pédagogique »

Un collectif de médecins et de psychologues estime, dans une tribune au « Monde », que la pandémie rend nécessaire la mise en place d’une véritable « pédagogie de la finitude » à l’école.

Par Collectif

Publié le 11 février 2021 à 07h00 – Mis à jour le 11 février 2021 à 10h56

Tribune. En septembre dernier, 12 millions d’élèves ont repris le chemin de l’école, dans le climat d’incertitude majorée que l’on connaît. Parmi ces derniers, combien s’étaient retrouvés, au mois de mars 2020, devant des responsables politiques égrenant chaque soir à la télévision le décompte funeste des victimes du virus ? Combien sont arrivés à trouver du sens dans ces morts, réduits à une simple comptabilité niant toute forme d’humanité ? Combien ont perdu un grand-parent, une voisine ou un proche ? Combien se sont retrouvés, du fait des confinements, à devoir intensifier l’aide qu’ils apportent à un parent malade ou en situation de handicap ?

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La crise du Covid-19 agit comme une loupe sur des situations bien plus fréquentes que nous ne le pensons. On compte en moyenne un enfant orphelin par classe. Les situations de deuil précoce recoupent des inégalités socio-économiques majeures et ont des répercussions multiples sur la santé, la scolarité, la vie affective et sociale de ces élèves. Par ailleurs, on estime qu’entre 500 000 et 800 000 jeunes sont aidants d’un parent ou proche vulnérable, pour lequel ils assurent tant une aide à la gestion du domicile et un soutien moral que parfois des soins intimes. Cette responsabilité précoce s’intensifie avec l’âge et n’est pas non plus sans conséquence : 54 % estiment ainsi ne pas pouvoir profiter de leur jeunesse, selon une enquête Novartis-Ipsos de 2017. Enfin, les enfants et adolescents peuvent eux-mêmes être touchés par la maladie et la mort.

L’invisibilité persistante de ces sujets et leur déficit d’accompagnement ne sont pas sans conséquence sur la santé physique comme psychique de ces jeunes. Difficultés cognitives, relationnelles et scolaires, troubles du sommeil ou du comportement, érosion de la confiance en soi et image de soi dégradée, sentiment d’être à part… De nombreux jeunes endeuillés ou aidants rapportent de telles difficultés. Pour ces élèves dont la vie a basculé, l’école constitue un pôle d’ancrage alors qu’ils traversent une période de vacillements intérieurs. Ils y sont tout autant en quête d’un sentiment d’appartenance à un groupe que d’un accompagnement tacite et d’expressions de bienveillance.

Renforcer la médecine scolaire

Ces jeunes ne sont ni des individus passifs, fragilisés et condamnés, ni des héros affrontant la vie et leur destin envers et contre tout. Ces expériences sont plutôt à réinscrire au cœur même de la vie, et les vulnérabilités qui en découlent doivent être pensées comme capacitaires. Etre confronté à la fin de vie, à la mort et au deuil, à des âges que l’on associe plus facilement à l’insouciance, est source de perte de repères et de souffrance. Mais accompagnées, ces situations peuvent trouver des issues plus constructives que l’isolement et la détresse. Leur appréhension par l’ensemble des acteurs peut renforcer l’inclusion et une plus grande adaptation à la singularité individuelle, mais aussi une cohésion collective et des solidarités nouvelles…..

Vous pouvez retrouver le texte sur :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/02/11/covid-19-face-a-cette-realite-universelle-et-inevitable-qu-est-la-mort-il-faut-inscrire-pleinement-le-continuum-de-la-vie-dans-le-cursus-pedagogique_6069555_3232.html