Bonsoir,

Je suis Xaviera, j’ai 30 ans.

Mon père s’est suicidé il y a 5 ans.

Il avait un mal-être en lui, depuis l’enfance, qui n’a fait que progresser avec le temps. Il en était conscient mais il n’a jamais voulu engager de démarche pour aller mieux.

En 2003, il a rencontré une autre femme, a quitté le foyer familial. Un peu comme une crise de la quarantaine, il a voulu faire table rase du passé, changer de vie, tout recommencer.

Et en 2 ans tout a basculé : 2 ans de cette nouvelle vie sans contraintes et dans une dépression « positive » qui l’a emmené dans des excès irréversibles.

L’annonce assez brutale de son décès a été un énorme choc pour moi.

Durant de nombreuses semaines cela a été très difficile… Je pleurais tout le temps. J’avais l’impression qu’il y avait moi, ma douleur et le reste du monde. Comme dans une bulle.

Reprendre une vie normale a été long, avec des hauts et des bas ainsi que sa présence toujours douloureusement présente en moi.

4 ans après sa mort, quand ma fille a eu 1 an, alors que je pensais que tout allait bien, la douleur que j’avais ressentie à la mort de mon père était à nouveau présente en moi.

Le fait qu’il ne soit pas présent pour la naissance de ma fille ainsi que pour son premier anniversaire était difficile à accepter et m’a replongé dans cette souffrance que je n’arrivais plus à contrôler.

Nerveuse, irritable, je me sentais vraiment très mal.

Pour ma famille et pour moi-même, je devais aller mieux et je savais que je ne pouvais pas m’en sortir toute seule.

Le hasard a fait qu’il y avait une conférence sur le deuil après le suicide près de chez moi : elle a duré 2 heures et j’ai pleuré pendant 2 heures…

Mais pour la 1re fois on m’a parlé du Deuil.

Avant, le deuil pour moi était abstrait et j’ai appris que ce n’était pas si abstrait que ça : qu’il y avait des phases, que l’on pouvait ressentir différents sentiments et qu’il n’était pas si simple d’entrer dans le deuil.

C’est à la conférence que j’ai pris connaissance de l’association Echange et Partage Deuil. Eliane et Christiane m’ont confirmé que malgré ces 4 ans, je n’étais pas entrée dans mon deuil.

Elles m’ont écouté et guidé dans mon cheminement. Elles m’ont permis de comprendre ce que je ressentais.

Mettre un mot sur ces sentiments : Culpabilité – Colère m’a fait avancer.

Et à un moment, le sentiment enfoui en moi, ce nœud qui m’empêchait d’avancer s’est révélé à moi, comme une évidence : le sentiment d’abandon. Et là j’ai compris et je me suis sentie mieux.

Il y a toujours des moments, des personnes, qui me rappellent mon père, une période de nos vies où nous étions heureux, où des instants que nous ne pouvons plus partager : ça me fait mal et sans que je comprenne, les larmes coulent toutes seules mais je peux dire que la douleur est supportable, je me sens moins coupable.

Je comprends pourquoi aujourd’hui j’ai de la peine : mon père me manque.