Témoignages

LE FIL DE MA VIE

Mon cœur s’est brisé
Le jour où tu es décédé
Et je n’ai toujours pas trouvé
Le joli fil doré
Qui pourrait le raccommoder
J’ai trouvé du fil violet
Mais il s’est cassé
J’ai trouvé du fil bleu
Mais ça ne va pas mieux
J’ai trouvé du fil vert
Mais ça ressemble à l’enfer
J’ai trouvé du fil gris
Mais depuis je m’ennuie
J’ai trouvé du fil blanc
Mais tu me manques énormément
J’ai trouvé du fil marron
Mais je touche le fond
J’ai trouvé du fil noir
Mais je n’avais plus d’espoir
J’ai trouvé du fil rose
Mais ma vie était morose
Alors quand j’aurai trouvé le fil doré
Je serai soulagée
Je sais que tu continueras à me manquer
Mais je serai tout de même un peu réparée

Mon joli fil doré
Je l’ai enfin trouvé.

Delphine


Témoignages groupes soutien Vannes d’une jeune fille (suite à un accompagnement deuil en entretiens individuels) qui a écrit cette lettre pour d’autres jeunes endeuillés

Bonjour

Je suis une jeune fille qui a également perdu un être cher à ses yeux. Je suis passée par le deuil comme toutes les personnes qui ont perdu quelqu’un. On pense souvent que tout garder en soi est la meilleure solution pour ne pas souffrir et montrer à ceux qu’on aime que nous sommes forts, mais ce n’est pas une solution. Parler à quelqu’un ne veut pas dire que vous n’êtes pas fort pour votre famille, vos amis/amies… non au contraire cela vous permettra de vaincre cette tristesse en vous. Moi même j’ai pensé que si j’allais parler à quelqu’un c’est que j’étais folle, alors je ne désirais voir personne et je gardais tout en Moi. Cette tristesse me rongeait de jour en jour, j’avais beau faire celle qui est forte devant ceux que j’aime, mais j’étais si faible dès que j’étais seule, je m’effondrais en larmes. Je ne parlais à personne de cet être que j’ai perdu. Les mois sont passés, je continuais de tout garder en moi.

Mais un jour on m’a envoyé voir une personne de l’association pour parler. J’ai pris un deuxième rendez-vous pour voir par curiosité où ça me mènera. Puis à force de parler cela me vidait la tête et me faisait beaucoup de bien. Et aujourd’hui j’ai fini mon deuil grâce à cette personne qui m’a beaucoup aidée. Elle m’a guidé tout au long de mon deuil. Avec ces personnes là vous pouvez tout leur dire avec la certitude que ce que vous lui confiez ne passera pas la porte. Donnez lui votre confiance, elle en prendra soin. Vous pouvez parler de tout avec elle, que ce soit de vos craintes, vos peurs, vos regrets, vos rêves… Vous pouvez rire, pleurer, crier,  peu importe elle ne vous jugera pas car souffrir ne veut pas dire pleurer tout le temps comme on dit « Derrière un sourire on peut cacher tellement de souffrance ». Il y a une phrase que j’ai inventée lorsque j’ai pu voir que la vie était courte : « La vie est comme un manège, une fois que nous avons fini notre tour nous devons y laisser notre place »  Elle m’a guidé tout au long de mon deuil et me guidera encore et encore. Souvent tout va bien et d’une minute à l’autre le moral est bas. De nombreuses fois, j’ai voulu baisser les bras mais j’ai pensé à ceux qui sont déjà passés par là et qui ont réussi à remonter la pente. J’ai réussi à battre cette souffrance alors pourquoi pas vous ? Tout le monde peut y arriver.

Avoir fait son deuil ne veut pas dire oublier la personne que nous avons perdue, c’est simplement la mettre dans un coin de notre coeur. Car jamais vous ne l’oublierez c’est impossible.

Bon courage à vous et vous verrez le jour où vous aurez fini de combattre cette souffrance, vous verrez la vie plus simple.


Témoignages groupes soutien Vannes –  Décembre 2000 pour Conférence la Pastorale de la Santé.

Je vivais seule avec mon fils unique Karim mort accidentellement à l’âge de 15 ans : le 14 juillet 1996.

Ce jour là 2 enfants sont morts en même temps dans le même accident (2 familles endeuillées). Ils avaient traversé la voie ferrée en mobylette alors que le passage à niveau était fermé, c’est Karim qui conduisait (il était donc responsable).

Cela fait maintenant 4 ans que c’est arrivé, après les 1ers temps de ce cataclysme, bouleversement total, personnellement au bout de 2 mois j’avais un très grand besoin de rencontrer d’autres comme moi pour voir et entendre comment je pouvais faire avec une telle épreuve : était-il possible de continuer à vivre ?

Il y avait pour moi des idées de suicide dans l’air et en même temps un instinct de vie très fort puisque je suis là ce soir.

J’avais écrit à l’époque en Octobre 96 pour le journal municipal de la Vraie Croix ceci :

–  quelques minutes après l’accident sur le bord de la voie ferrée, allongé, mort, le visage serein de Karim me faisait un dernier clin d’œil qui semblait dire : « Maman, c’est comme ça, je suis là, vous : continuer à vivre, à rire et à vous aimer »

J’ai du dépenser beaucoup d’énergie pour trouver ce groupe de paroles à St Nazaire à 80 kms de chez moi, groupe où j’ai beaucoup cheminé dans le respect des uns et des autres.

J’y ai rencontré entre autre un monsieur âgé 84 ans après la mort de  sa femme, je me disais en l’écoutant à l’intérieur de moi, ce n’est pas pareil, rien à voir avec moi, ils ont de la chance d’avoir eu 1 histoire si longue ensemble.

J’y ai rencontré des pers qui mettaient en avant les soucis administratifs, financiers après la mort de leur conjoint, je me disais encore : qu’est-ce que ça veut dire l’argent à côté de la mort.

J’y ai rencontré une dame dont la fille était morte après une longue maladie et là encore, je me disais elle a eu le temps de s’y préparer.

J’y ai rencontré bien d’autres situations.

Et alors des sentiments de rage m’envahissaient pendant le trajet du retour. Dans ma voiture, je criais, j’insultais ces gens là ou plutôt leurs réactions.

Très rapidement, j’ai compris combien ces personnes là à leur insu m’ont aidée, elles m’ont montré à leur manière combien elles aussi étaient dans le chagrin et la peine (douleurs pas mesurables). Il n’était plus question pour moi de pareil ou pas pareil. Il s’agissait de points communs : absence, manque, vide que chacun gère comme il peut. Avec la mort de Karim pour moi dans ce groupe une porte s’était refermée (la mort) et bien d’autres s’ouvraient.

J’ai aussi emmené avec moi dans ce groupe des membres de ma famille : 1 à 1 pour ceux qui ont bien voulu accepter, j’ai emmené une collègue de travail, ainsi que l’autre famille.

Endeuillée. Cela nous a permis de trouver une nouvelle possibilité de communiquer sur un terrain inconnu jusqu’alors. On entendait de la part des autres pers des réactions que nous connaissions déjà, qui du coup nous devenaient familières et nous faisaient moins peur. Avec un peu de recul, je pense que cela m’a rendu service d’avoir dépensé autant d’énergie pour trouver ce groupe, j’avais alors l’impression de faire le maximum  pour pouvoir survivre.

J’ai eu aussi eu peur de sombrer dans la folie. J’ai pris RDV avec un psychiatre pour vérifier, elle m’a trouvée dépressive et m’a donné un traitement alors que  Je voulais qu’elle me dise que j’étais normale, sauf que je ne le lui avais pas demandé, d’où l’importance de dire de demander ce dont on a besoin, pourtant je demandais facilement.

Traitement que je n’ai pas pris à l’époque, je n’en sentais pas le besoin.

Ceci dit une aide médicamenteuse, psychologique peut soulager, soutenir parfois. J’en ai d’ailleurs bénéficié par la suite tant sur le plan médicamenteux, thérapeutique et psychologique.

Le temps passant, j’ai voulu à mon tour rendre service à d’autres qui le souhaitaient à travers la création de ce groupe associatif sous l’égide de familles rurales animée avec 2 autres pers.

A partir de mon vécu, après la mort d’une pers, il s’agit je crois d’apprendre, de réapprendre à pouvoir Etre avec un grand E, de trouver les ressources que chacun a en soi et de se reconnaître avec tout ce que cela comporte : les manques mais aussi les capacités.

Le message que je souhaite transmettre ce soir est un message d’espoir : il est possible, après la mort  d’une pers de survivre dans un 1er temps puis de vivre, de vivre tout en se respectant soi même au niveau du temps et des rythmes de chacun, sachant que chaque deuil est unique, singulier, chacun sa personnalité, son histoire.

En ce qui me concerne cela me rappelle une phrase très dure que mon père m’a dite alors que j’avais 6 ans : « Tant que ta tête ne roule pas devant toi, tu dois avancer ».

Je voudrais rajouter encore : quand le temps est venu : attention à l’enfermement, nous aussi pers endeuillées nous avons des efforts à faire pour aller vers les autres, nous avons des droits, mais aussi des devoirs.

Alors en conclusion  « Vivons et tant qu’à faire le mieux possible avec ».

Eliane.


Témoignages groupes soutien Vannes

Bonsoir,

Je suis Xaviera, j’ai 30 ans.

Mon père s’est suicidé il y a 5 ans.

Il avait un mal-être en lui, depuis l’enfance, qui n’a fait que progresser avec le temps. Il en était conscient mais il n’a jamais voulu engager de démarche pour aller mieux.

En 2003, il a rencontré une autre femme, a quitté le foyer familial. Un peu comme une crise de la quarantaine, il a voulu faire table rase du passé, changer de vie, tout recommencer.

Et en 2 ans tout a basculé : 2 ans de cette nouvelle vie sans contraintes et dans une dépression « positive » qui l’a emmené dans des excès irréversibles.

L’annonce assez brutale de son décès a été un énorme choc pour moi.

Durant de nombreuses semaines cela a été très difficile… Je pleurais tout le temps. J’avais l’impression qu’il y avait moi, ma douleur et le reste du monde. Comme dans une bulle.

Reprendre une vie normale a été long, avec des hauts et des bas ainsi que sa présence toujours douloureusement présente en moi.

4 ans après sa mort, quand ma fille a eu 1 an, alors que je pensais que tout allait bien, la douleur que j’avais ressentie à la mort de mon père était à nouveau présente en moi.

Le fait qu’il ne soit pas présent pour la naissance de ma fille ainsi que pour son premier anniversaire était difficile à accepter et m’a replongé dans cette souffrance que je n’arrivais plus à contrôler.

Nerveuse, irritable, je me sentais vraiment très mal.

Pour ma famille et pour moi-même, je devais aller mieux et je savais que je ne pouvais pas m’en sortir toute seule.

Le hasard a fait qu’il y avait une conférence sur le deuil après le suicide près de chez moi : elle a duré 2 heures et j’ai pleuré pendant 2 heures…

Mais pour la 1re fois on m’a parlé du Deuil.

Avant, le deuil pour moi était abstrait et j’ai appris que ce n’était pas si abstrait que ça : qu’il y avait des phases, que l’on pouvait ressentir différents sentiments et qu’il n’était pas si simple d’entrer dans le deuil.

C’est à la conférence que j’ai pris connaissance de l’association Echange et Partage Deuil. Eliane et Christiane m’ont confirmé que malgré ces 4 ans, je n’étais pas entrée dans mon deuil.

Elles m’ont écouté et guidé dans mon cheminement. Elles m’ont permis de comprendre ce que je ressentais.

Mettre un mot sur ces sentiments : Culpabilité – Colère m’a fait avancer.

Et à un moment, le sentiment enfoui en moi, ce nœud qui m’empêchait d’avancer s’est révélé à moi, comme une évidence : le sentiment d’abandon. Et là j’ai compris et je me suis sentie mieux.

Il y a toujours des moments, des personnes, qui me rappellent mon père, une période de nos vies où nous étions heureux, où des instants que nous ne pouvons plus partager : ça me fait mal et sans que je comprenne, les larmes coulent toutes seules mais je peux dire que la douleur est supportable, je me sens moins coupable.

Je comprends pourquoi aujourd’hui j’ai de la peine : mon père me manque.